XVI. Travail non déclaré, « objectif retraite » et RMI

 

 

Parmi les ouvriers sans emploi, certains acceptent de travailler au noir pour éviter de survivre avec le simple RMI ou de sombrer dans la dépression. Des mains de labeur ou des rendez-vous systématiquement reportés trahissent quelquefois une activité professionnelle non déclarée. D’autres refusent catégoriquement cette perspective : le travail au noir est « haram [1] » et surtout, il ne permet pas de cotiser pour la précieuse retraite. Les Marocains qui ont aujourd’hui 50 ou 60 ans ne pensaient pas un instant être en France, ou encore vivants, à la retraite. Aussi, beaucoup ont travaillé au noir, « de la main à la main ». Cet arrangement convenait à l’employeur qui, ainsi, payait moins de charges, et à l’employé qui, ainsi, gagnait davantage en travaillant de manière non déclarée. Quant à « la retraite, ils s’en foutaient ». Des patrons, « des gros employeurs qui ont du pouvoir parce qu’ils font l’économie du bassin », n’ont parfois déclaré que la moitié des heures. Arrivés à la retraite, ces ouvriers qui ont souvent énormément travaillé, n’ont pas droit à une retraite à taux plein.

Aujourd’hui ces hommes sont sensibles à la question de la retraite. Ils regrettent de ne pas avoir suffisamment cotisé de trimestres. Or, plus ils se rapprochent de la retraite qui sera maigre, suite à des années d’alternance de périodes d’emploi plus ou moins déclaré et de non emploi, plus ils cherchent à travailler pour cotiser au moins un peu. Par ailleurs, cette génération compte sur une autre forme de retraite, plus traditionnelle, autrement dit l’assurance que les enfants mis au monde aideront financièrement leurs vieux parents lorsqu’ils ne pourront plus pourvoir à leurs besoins. Mais « la génération des enfants a changé », une génération qui peine déjà à subvenir à ses propres besoins.

Exsangues, certains ouvriers « prennent ce qu’ils trouvent ». Ils n’ont d’autre choix que d’accepter quelques heures déclarées, notamment pendant l’été avec la multiplication des contrôles de la Direction du Travail, contre beaucoup plus d’heures au noir. Ces maigres revenus complètent le Revenu Minimum d’Insertion qui, notamment pour les hommes « isolés », nourrit souvent davantage de personnes qu’il est calculé pour le faire.

Nombreux sont celles et ceux qui perçoivent le RMI tout en travaillant de manière déclarée chaque année. Les contrats sont souvent courts ou fractionnés nous l’avons vu. Or un nombre d’heures de travail insuffisant pendant la saison ne permet pas d’ouvrir des droits ASSEDIC ou s’ils sont trop modestes, ils sont alors complétés par le RMI. Dans l’autre cas de figure, le faible écart entre un RMI et les aides sociales (CMU [2], allocations familiales [3] et logement) et un SMIC sans aides sociales [4] produit un « effet de seuil », qui précarise autant ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas. Il est des cas où il est « plus intéressant » de rester bénéficiaire du RMI. Reste à parvenir à gérer les dommages qu’il peut engendrer au niveau de l’image de soi, du pouvoir d’achat et de la stigmatisation. Le RMI conduit le plus souvent à des situations de précarité, d’isolement ou de dépression.

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[1] ce qui est illicite pour un musulman

[2] Couverture Maladie Universelle

[3] Les allocations familiales ne sont plus perçues avec les enfants devenus adultes.

[4] Prenons l’exemple des complémentaires santé coûteuses, auxquelles ne s’affilient pas toujours les ménages à faible revenu.