Styles vestimentaires

 

Les styles vestimentaires des adolescents, malgré une apparente uniformité, varient ou se combinent. J’ai « répertorié » trois styles vestimentaires différents dans l’habillement des collégiennes (toutes origines confondues, 2001). Certaines ont le « look filles [1] » : pantalon stretch (ourlet évasé) ou jupe droite, tee-shirt prêt du corps et veste (doudoune courte ou longue l’hiver), chaussures basses ou bottes. Les couleurs sont, le plus souvent, associées : noir et noir, ou rouge et vert. D’autres ont le « look sport » : tee-shirt, veste et pantalon de jogging, chaussettes « toons [2] bien remontées » et baskets. Le tout est griffé (Nike, Adidas, Reebok...). Le troisième style est la combinaison des deux premiers : des vêtements féminins portés avec des baskets griffées. Le vêtement des garçons fait le plus souvent référence au milieu sportif, exclusivement masculin, et les filles, au milieu musical (R’n’B), aux « stars » (Madonna), essentiellement féminin (en matière d’influences vestimentaires).

L’uniformité des sportswears griffés (vêtements de sport de marque) concerne davantage les garçons. La majorité porte ce type d’habillement, par exemple, la copie du maillot de footballeurs professionnels. En portant le vêtement des sportifs (le plus souvent, des footballeurs professionnels, des « figures identificatoires »), ces jeunes « se donnent le sentiment d’appartenir » (Langner 1959 : 157) à ce milieu. J’ai interrogé les adolescents sur les marques portées. Les adolescents portent des « marques classiques, comme tout le monde » (Guethy, qui préfère le « look sport » donc, des vêtements de marque). Jean-Nicolas a « des baskets Fila », John, « un ou deux vêtements [de sport de marque Adidas]  », Ismaïla, un « pull Adidas, survêtement Nike, baskets Adidas » et Abdoubahé porte (été 1999) un short ample et un tee-shirt de marque Adidas. Seul Mamadou T. qui, en affirmant qu’avec ou sans marque, un vêtement, « c’est pareil » et qu’il est en France pour travailler, sort du lot. Les autres y attachent, implicitement, une importance considérable.

Les observations révèlent que chacun de ces adolescents, notamment les garçons, possède et porte régulièrement au moins un vêtement et une paire de baskets de « marque » et très rarement, des vêtements (et moins encore les chaussures) sans « étiquette ». Je remarque que l’attrait (par les deux sexes) porte davantage sur les chaussures (baskets) de « marque », plutôt que sur les vêtements griffés (tee-shirt, sweat-shirt et jogging) toutefois très prisés.

Les vêtements féminins ne sont pas toujours griffés, et proviennent de magasins spécialisés (en mode vestimentaire pré-adolescente), tels que « LadySu, les robes à bretelles à la mode » (Ada). « Moi je peux m’habiller sans que ça soit la marque, quoi, avoir un ou deux trucs marque, ce serait bien mais bon, c’est pareil pour moi, tant que c’est des habits, je fais attention aussi à ce que je mets. » Khoumba n’attache pas tellement d’importance aux griffes ce qui, pour un sportswear, n’est pas concevable. En revanche, elle ne porte pas n’importe quel vêtement : le tout doit être coordonné et chaque pièce, à la mode en vigueur.

En outre, qu’elles soient musulmanes ou catholiques, les adolescentes se masculinisent dans leur habillement. La mode des sportswear accentue ce phénomène. J. Pitt-Rivers écrit : « Le vêtement unisexe brouille à la fois contexte, classe et sexe » (1979 : 62). Or, en Afrique, la distinction entre un homme et une femme est tenue d’apparaître à travers le vêtement. Les mères séparent genre et codes vestimentaires, y compris les Manjak-s et les Serer-s catholiques qui, même si elles portent des pantalons, s’attachent à marquer leur féminité. Y. Delaporte (1979 : 10-11) analyse la multiplication des codes et des statuts sociaux comme des effets de la société industrielle et de l’urbanisation. Il en résulte un grand nombre de codes et une variété d’un même code qui, avec la liberté d’agir, peut conduire à des modifications dans l’expression du genre et vers une masculinité des filles. C. Bromberger (1979 : 130) fait référence à R. Barthes et à son analyse du « recul de la féminité, cette tendance à l’androgynie qui se manifeste dans la mode de ces dernières années [...] c’est l’âge qui est important, non le sexe. »

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[1] Des expressions qui leur sont propres.

[2] Chaussettes imprimées : le plus souvent, des héros de dessins animés.